Enseignement Privé

Etablissements privés d'Enseignement supérieur ( Le Ministre Joseph PARE)

 

Comme des champions, mais…

 Fruits de la libéralisation de l'économie burkinabé des années 90, les établissements privés d'enseignement supérieur ont poussé comme des champignons. Chaque année, dès les vacances scolaires et universitaires, les médias sont inondés de publicités de ces établissements proposant monts et merveilles, chacun voulant attirer le plus d'éventuels étudiants. Mais au fait, combien sont ces établissements reconnus par l'Etat ? Quels diplômes délivrent-ils ? Quel regard le gouvernement porte-t-il sur cette floraison des établissements… autant de questions et bien d'autres qui intéressent.

 

Le Burkina Faso compte à ce jour quatre universités publiques. Les universités de Ouaga I et II à Ouagadougou, l'université de Bobo-Dioulasso et l'université de Koudougou. Celles de Fada N'Gourma et de Ouahigouya sont au stade de projet. Conçue pour accueillir 15 000 étudiants au départ, l'université de Ouagadougou en comptait 45 000 environ à la rentrée 2007-2008 et la barre de 50 000 inscrits va probablement être franchie pour cette rentrée 2008-2009. Dans cette occurrence, l'Etat ne pouvait qu'encourager et soutenir des initiatives privées dans le secteur. Une subvention est même accordée par l'Etat à ces établissements. Deux universités privées ont  même vu le jour à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso. Il s'agit de l'université libre du Burkina (ULB) et de l'université Saint Thomas d'Aquin de Bobo-Dioulasso. A côté de ces deux universités privées foisonnent les instituts, écoles et autres centres privés d'enseignement supérieur. Mais, selon un responsable de la Commission nationale de l'Enseignement secondaire et supérieur, privé, (CNESS/P) que nous avons rencontré, seulement 36 établissements privés supérieur ont officiellement une autorisation d'ouverture, donc reconnus par l'Etat et qui sont repartis de la manière suivante : 28 à Ouaga, 7 à Bobo-Dioulasso, 1 à Kaya et 1 à Ouahigouya. Secteur très ouvert, et où concurrence très rude côtoie l'esprit commercial les coûts de formation, bien évidemment varient d'un établissement à un autre. Ainsi pour une formation de deux ans, il faudra débourser au minimum 600 à 700 000 F CFA.

Dans le domaine, certains établissements comme ISIG (Institut supérieur d'informatique et de gestion), le CEFIG (Centre d'Etudes et de formation en informatique de gestion), des pionniers, ont réussi à si imposer. L'ISIG par exemple délivre des diplômes reconnus par le CAMES.

 

Les diplômes, le nœud gordien

Dans la plupart des établissements privés supérieurs les filières sont diversifiés avec des diplômes professionnels du premier cycle comme le BTS (BAC+2) et des licences professionnels. Selon la CNESS/P pour le moment, seul l'ISIG délivre des diplômes de niveau BAC+4 ou BAC+3. Le reste des établissements ne peuvent que délivrer des BTS d'Etat et/ou des DUT. Ces précisions ne concernent que les établissements reconnus par l'Etat. Toujours selon la CNESS/P, ce que délivrent les autres établissements privés supérieurs ne peuvent être que des attestations et non des diplômes. Conséquence, des bénéficiaires sont souvent confrontés aussi bien à des difficultés de stages que d'embauches. C'est le cas de Monsieur Daniel KABORE que nous avons rencontré. Après, deux ans de formation dans une école supérieur privé de la place, il obtient un BTS en Communication d'entreprise et postale pour un poste dans une société… finalement, il échoue parce que : «Le PDG m'a dit qu'après enquêtes, mon diplômes n'est pas reconnu par l'Etat et que c'est d'ailleurs une attestation…». Comme M. KABORE, ils ont nombreux ceux ou celles qui sont confrontés à cette triste réalité.

Interrogé il y a quelques mois sur la délivrance des diplômes dans les établissements privés d'enseignement supérieur, par un hebdomadaire de la place, le ministre Joseph PARE chargé de l'enseignement supérieur a donné la réponse suivante : «Pour délivrer un diplôme, il faut que ce dossier passe devant le CAMES… ce que l'on confond justement, c'est souvent attestation et diplôme. Dans certains domaines, on délivre plus des attestations que des diplômes. Ceux qui peuvent délivrer des diplômes, ce sont ceux-là dont la formation a été agréée par le CAMES… Autrement dans beaucoup de cas, ce sont des attestations que les gens prennent pour des diplômes».

Le ministre PARE précise cependant qu'au sein de son ministère il existe la CNESS/P qui au regard d'un certains nombre de paramètres dont les enseignements, le profil des enseignants, valide les diplômes tels le BTS, le DIT ou le DTS. Toujours selon le Pr PARE, le ministère n'a pas pour vocation de jouer au gendarme de l'enseignement privé supérieur : «Lorsqu'un promoteur vient nous voir pour une quelconque filière de formation, nous lui demandons un certains nombre de documents : la qualification, n'allez pas demander au ministère de jouer au gendarme par rapport à un certain nombre de choses. Notre rôle est essentiellement de contrôler, d'attirer l'attention des fondateurs sur leurs activités et de faire en sorte que la formation proposée soit en adéquation» (confrère interview du ministre Joseph PARE in L'Opinion n°474).

Malgré ce état de fait, ils sont nombreux les étudiants étrangers inscrits dans les établissements supérieurs aux Burkina Faso. Les raisons évoquées sont entre autres la qualité de l'enseignement, le coût de la formation et la stabilité sociopolitique du pays… Ainsi on y compte des Tchadiens, des Congolais, des Camerounais, des Ivoiriens…

Si certains établissements ont acquis une notoriété certaines, d'autres sont l'objet de vives critiques et certains élèves et parents d'élèves commence à élever la voix pour que l'Etat mette de l'ordre dans le secteur et cela avec juste raison. Les publicités mensongères, l'escroquerie et autres sont monnaie courantes dans certains établissements.

La situation de l'Enseignement supérieur privé sans être déplorable n'en demeure pas moins préoccupante. Et comme le suggère certains étudiants et parent, l'Etat devrait mettre de l'ordre car, il y va de crédibilité jamais démentie de l'Enseignement supérieur du Burkina et pourquoi pas de la crédibilité du pays tout court.

 



Article ajouté le 2008-10-02 , consulté 44 fois

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