Commune

Communalisation en milieu rural Les élus locaux peuvent-ils relever le défi ? C’est la question que se pose M. Moussa OUEDRAOGO, géographe et diplômé en DESS en développement local et gestion des collectivités territoriales : coordonnateur du projet d'appui à la décentralisation et à la participation citoyenne (ADEPAC), dans son ouvrage paru, il y a un an. Une question toujours d’actualité au regard des problèmes de gestion et autres crises que l’on constate dans les communes au sein du conseil : révolte des populations contre telle ou telle pratique du maire ; d’où l’importance et la pertinence de la question. «Pour certains observateurs de la vie politique et économique… outre le milieu de pauvreté souvent élevé pour les populations des campagnes, les risques de politisation excessive l’emporteront sur les préoccupations de développement. De ce fait, affirme-t-il, les risques d’échec sont globalement certains et les succès aléatoires…» Cet extrait de l’ouvrage est, sans doute, une vérité de la Palice quand on observe bien le fonctionnement et la vie de certaines communes rurales. En effet, le constat est qu’au sein de ces entités administratives la politisation excessive engendre par conséquence des crises, reléguant ainsi les préoccupations de développement en seconde zone. Les conseils communaux sont à peine installés que surgissent des mésententes même lorsqu’ils sont quasi monocolores, c’est-à-dire composés de conseillers appartenant au même parti en grande majorité. Le maire n’a pas toujours l’adhésion de tous ceux de son propre camp et voit partout des «adversaires politiques»prêts à torpiller son action. Pour Moussa OUEDRAOGO, le problème le plus souvent réside dans la dualité entre pouvoir moderne et pouvoir traditionnel «qui fait que certains élus locaux ne sont pas toujours représentatifs pour exercer certaines compétences locales. Leurs actions se limitent le plus souvent dans l’enceinte de la mairie. Face à la population, ces derniers sont très vite catégorisés dans leur classe sociale et donc, restent muets sur certaines questions pourtant importantes de la vie de la cité. Dans ces conditions, il est difficile d’instaurer une bonne gouvernance locale dans la gestion des affaires locales sur les seules prérogatives du pouvoir des conseils municipaux». Outre les effets négatifs de cette dualité, l’auteur retient aussi le nombre restreint des personnes ressources qualifiées et le mode de scrutin. Pour lui, les élections sont organisées sur la base de listes de candidatures présentées par les formations politiques ; or dans les milieux paysans, la pratique courante consiste à voter pour le parti politique plutôt que pour la pertinence du programme de société et la qualité des hommes proposés pour animer les affaires locales. «L’ensemble des problèmes que pose la question de la représentativité des élus locaux, laisse apparaître deux enjeux dans la promotion de la décentralisation en milieu rural. Non seulement la démocratie reste à construire, mais également la gestion des compétences transférées aux collectivités territoriales semble buter sur la révélation du pouvoir traditionnel qui cherche à se faire une place au soleil dans le nouveau paysage institutionnel et organisationnel de l’administration territoriale». Fait remarquer M. OUEDRAOGO. Cela nous rappelle d’ailleurs le cas d’une commune rurale du Boulkiemdé où le chef du village, conseiller municipal de surcroît, a provoqué une crise au sein du conseil tout simplement parce que le maire ne le consulte pas avant que les problèmes ne soient exposés en session du conseil. Pour lui, en tant que chef du village, tout doit d’abord passer par lui. Au-delà de ces quelques «freins» à la bonne gestion communale et au développement pour relever les défis, Moussa OUEDRAOGO cite l’implication effective des acteurs locaux dans les prises de décisions, la circulation complète de l’information et la fluidité de la communication, la consultation des membres dans le choix et la formulation des thèmes à débattre, la responsabilisation des communautés, la dynamisation des espaces de concertation… En définitive, si la question de savoir si les élus locaux peuvent relever le défi, ne trouve pas une réponse affirmative dans l’absolu, l’auteur dans son ouvrage dégage des pistes et des actions à mener. Des actions susceptibles d’aider les élus locaux à relever le défi de la communalisation en milieu rural.


Article ajouté le 2008-11-20 , consulté 47 fois

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